Histoire du 11 novembre
 

 

 

Commémorer, c’est se souvenir ensemble. Dans plusieurs pays comme la France et le Royaume-Uni mais aussi aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie ..., le 11 novembre est commémoré. Pas en Allemagne où la date représente un traumatisme ni en Espagne restée finalement neutre. Une commémoration est un moment d’émotion, or, l’historien se méfie des émotions.

Le Centenaire de l’armistice du 11 novembre signé à Rethondes en 1918 est l’occasion de rappeler le besoin que nous avons de regarder le passé calmement, de faire de l’histoire. Il permet, comme l’explique l’historien Patrick Boucheron, de mieux vivre le présent, de mieux comprendre et de mieux accepter la complexité de ce présent, un présent qui vient de loin. Il permet aussi de se construire un avenir car en regardant le passé, on apprend les expériences passées et à se protéger de ce qui risque d’arriver, des logiques d’affrontements, des logiques d’exclusion, celles des étrangers, des femmes, des homosexuels ... L’absence d’histoire est un problème.

 

            Du 11 novembre 1918, le grand public a souvent en tête des scènes de joies partagées. La réalité est plus complexe, si des Français célèbrent dans le bruit la victoire, d’autres pleurent leurs fils, leurs époux, leurs frères, leurs amis, leurs pères... Dans les zones de combats, c’est souvent le calme et le silence qui l’emportent après plus de quatre années de guerre d’une violence inouie. Ce jour là, pour des millions de personnes - des Européens, des Américains mais aussi des Asiatiques et des Africains – c’est le soulagement qui l’emporte, l’immense soulagement d’être encore en vie, c’est pouvoir imaginer rentrer à la maison et avoir un avenir. Mais il fallut vivre avec les blessures des corps et des esprits.

Le 11 novembre 1918, le soldat Camille Rouvière du 411e régiment d’infanterie s’interroge : "Et l’on ne rit pas ? On ne chante pas ? On ne s’embrasse pas ? On ne saute pas de joie ? On n’explose pas ? C’est la Paix ! La Paix, bon Dieu ! Et nous restons inertes ? Malheur ! Serions-nous tués en dedans ?".

 

            Ce sont les anciens combattants qui dès les premières années après la guerre réclament un jour national férié, non pas pour célébrer la victoire ou l’armée mais pour rappeler leur combat, leurs souffrances, le refus de la guerre, pour se recueillir, se souvenir des camarades morts ou disparus. Les chiffres sont terrifiants, la Grande guerre tua près de 10 millions de personnes. En France, environ 1,4 millions soit près de 900 personnes par jour en moyenne durant plus de 4 ans (Nous sommes autour de 900 à l’école). Presque toutes les familles françaises y compris celles des colonies sont marquées par ce conflit.

 

            Le 11 novembre est commémoré officiellement depuis 1920. Deux ans après, en 1922 une loi en fait un « jour national férié pour commémorer la victoire et de la paix ». Dans les faits pourtant, l’armistice n’est pas encore la paix. Les historiens parlent d’un début de sortie de guerre car les violences se poursuivent plusieurs années après.

 

            Plus tard, le 11 novembre 1940, alors que la France est occupée par l’Allemagne nazie et que le maréchal Pétain installe en France une dictature antisémite, des lycéens et des étudiants bravent l’interdiction de commémorer et manifeste à Paris, c’est un acte de résistance.

 

            Depuis 2012, le 11 novembre est la fête nationale de tous les « morts pour la France ». Ce jour rappelle aussi que les guerres, toutes les guerres, celles d’hier et celles d’aujourd’hui, sont meurtrières, traumatisantes. Il rappelle les absences, la violence subies, la violence donnée, les corps abîmés, les esprits tourmentés, et finalement la nécessité de mettre fin aux conflits.

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